Quand l'actualité te colle au cerveau et que tu n'arrives plus à bosser

Il y a des périodes où le monde fait trop de bruit.
Tu t’installes pour travailler, le PC ouvert, et tu jettes un œil aux infos « juste deux minutes ». Puis il est midi, tu n’as pas écrit une ligne, et tu as la tête pleine d’images et de phrases qui ne servent à rien dans ta journée. Le lendemain, même chose. Même quand tu as du temps et de l’énergie, ta tête est restée sur le canapé.
 
Ça m’est arrivé. Ça arrive à plusieurs de mes clientes. Alors avant tout conseil, une chose : tu n’es pas paresseuse, et tu n’as pas perdu ta motivation. Tu réagis à un climat.*

Ce n'est pas un défaut de caractère

Quand l’ambiance générale est lourde (une actualité tendue, des tensions sociales, des annonces qui inquiètent, des gens autour de toi qui disent que rien ne sert à rien), il faudrait être étonnamment blindée pour que ça ne t’atteigne pas. Et quand en plus quelqu’un que tu aimes est concerné de près ou de loin, c’est encore plus dur de décrocher.
 
Tu as le droit d’être touchée. Tu as aussi le droit de continuer à avoir des factures à envoyer et des clientes à servir. Les deux sont vrais en même temps, et c’est ça qui est inconfortable.

Pourquoi on reste scotchée aux infos

Je ne suis pas chercheuse (enfin, pas en neurosciences), mais voilà ce que j’ai lu, et qui m’a parlé.

Le cerveau déteste l’incertitude. Des travaux sur ce qu’on appelle l’intolérance à l’incertitude montrent qu’on peut percevoir l’incertain comme une menace, indépendamment de la probabilité réelle que le danger arrive. Quand on a peu d’informations sur quelque chose qui nous touche, le cerveau fait ce qu’il sait faire : il cherche de l’information, n’importe laquelle, pour reprendre la main.

Sauf que les infos en continu ne donnent pas vraiment de réponse. Elles donnent du bruit, des images, et d’autres raisons de s’inquiéter. On cherche à se rassurer et on ressort plus tendue qu’avant. Des études en psychologie associent d’ailleurs la consommation compulsive de mauvaises nouvelles à plus d’anxiété. Attention, c’est une corrélation : on ne sait pas si regarder angoisse, ou si l’angoisse pousse à regarder. Probablement un peu des deux, et ça tourne en boucle.

Des chercheurs spécialistes de l’impuissance apprise ont une théorie. D’après eux, face à un stress qu’on ne contrôle pas, la passivité serait la réaction par défaut du cerveau. Ce qui l’en sortirait, c’est de repérer un endroit où on a prise sur quelque chose. Mais l’idée me plaît : l’inertie du canapé n’est pas un défaut de caractère, c’est un réflexe. Et on peut le contrarier.

Ce que j'ai essayé, et ce que ça a donné

J’ai essayé de couper les infos. Ça marche une heure, deux heures. Et puis c’est dur.
 
Alors je ne vais pas te dire de viser zéro info, parce que moi je ne tiens pas ça et que du coup, je me dis que toi non plus. Ce que je retiens, c’est que mon rythme réel, ce sont des blocs d’une à deux heures.

Ce que je te propose d'essayer

Je n’ai pas tout testé, donc je te donne des pistes. Prends ce qui te ressemble.

 

  1. Des blocs sans infos, et un rendez-vous infos après. Plutôt que « je ne regarde plus rien », tu te dis « je regarde à 11h30, pendant 15 minutes ». Rouvrir les actus n’est plus un échec, c’est un rendez-vous. Et ça permet de changer ton rapport à ça, et la culpabilité qui vient après. Par contre, tu te loupes pas, tu arrêtes vraiment après.
  2. Une tâche minuscule avant de rouvrir quoi que ce soit. 15 minutes, une seule chose, pas un dossier entier. Des travaux sur le « principe de progrès » montrent que même un petit progrès pèse lourd sur la motivation et l’humeur de la journée. Quand on est en panne, un petit progrès, c’est de l’or. C’est la mise en marche nécessaire.
  3. Deux colonnes sur une feuille. À gauche, « ce que je ne peux pas contrôler » : ce que dit la télé, ce que décident les autres. À droite, « ce que je peux faire aujourd’hui/ce qui est sous mon contrôle » : envoyer ce devis, répondre à cette cliente, choisir de couper les infos… Ca permet de te rappeler que tu ne contrôles pas rien. Tu as ton petit monde autour de toi, tu as du contrôle, rencentre toi dessus.
  4. Un contact humain dans la journée. Un appel, un message, un cowork. Se sentir seule devant son écran avec le « à quoi bon » en tête, c’est un très bon terrain pour que ça s’installe. Dire à voix haute « moi aussi je n’y arrive pas » soulage plus qu’on ne croit.

Ce que je ne sais pas

Je ne sais pas comment les choses vont tourner. Je ne vais pas te dire que tout ira bien, parce que je n’en sais rien.
 
Ce que je sais, c’est qu’on a le droit d’avancer sur son petit monde, même quand le grand paysage est inquiétant. Pas pour être extraordinaire. Juste pour que nos journées ne soient pas entièrement avalées par ce qu’on ne contrôle pas.
 
Et toi ? Combien de temps tu tiens sans rouvrir les actus ? Raconte-moi en commentaire ou réponds-moi directement : je lis tout, et ça m’aide autant que toi de savoir qu’on est nombreuses dans ce cas.

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